À première vue, la plaine briarde évoque un océan monotone de blé, de colza et de betteraves, traversé de pylônes et zébré de chemins agricoles. L’impression d’un désert biologique s’impose à beaucoup de promeneurs pressés, persuadés que l’agriculture intensive a définitivement effacé la vie sauvage de ces grands plateaux limoneux. Cette vision mérite d’être profondément nuancée. La Brie céréalière, malgré les transformations majeures qu’elle a subies depuis l’après-guerre, abrite encore une faune diversifiée, parfois rare à l’échelle européenne, qui a su s’adapter aux paysages ouverts et aux pratiques agricoles modernes.

Pour qui sait regarder, la plaine se révèle peuplée d’oiseaux des champs, de rapaces patrouilleurs, de mammifères discrets et d’une faune des mares et des haies d’une étonnante richesse. Le déclin documenté de nombreuses espèces — alouette des champs, perdrix grise, busard cendré — ne signifie pas leur disparition : il rend leur observation plus précieuse encore, et leur protection plus urgente. Ce guide naturaliste propose une lecture vivante du territoire briard, organisée par milieux, espèces emblématiques et saisons, à l’attention des habitants curieux comme des ornithologues amateurs souhaitant arpenter les chemins autour de Courquetaine et des communes voisines.

L’approche retenue ici reste celle d’un naturalisme éclairé, attentif aux faits de terrain plus qu’aux postures militantes. La biodiversité briarde ne se résume ni à un paradis perdu ni à une catastrophe annoncée. Elle se vit, s’observe, se comprend dans la longue durée — celle des saisons agricoles, des cycles climatiques et des politiques publiques qui modèlent peu à peu le paysage.

Les oiseaux des grandes parcelles ouvertes

Les vastes étendues cultivées de la Brie constituent l’habitat de prédilection d’un cortège spécialisé d’oiseaux dits « des plaines », adaptés à la nidification au sol et à la vie dans les espaces dégagés. L’alouette des champs (Alauda arvensis) demeure l’espèce emblématique de ces milieux. Son chant tutélaire, lancé en vol vibratoire à plusieurs dizaines de mètres de hauteur, accompagne les promeneurs d’avril à juillet. Malheureusement, ses effectifs ont chuté d’environ un tiers en France depuis le début des années 2000, victime de l’intensification des pratiques et de la raréfaction des chaumes hivernaux. La Brie reste néanmoins l’un des bastions franciliens de l’espèce, avec des densités encore notables sur les plateaux peu boisés.

Le bruant proyer (Emberiza calandra), trapu et discret, occupe les bordures de champs et les piquets de clôture où il lance son chant grinçant comparable à un trousseau de clés agité. Espèce en fort déclin à l’échelle nationale, il subsiste dans les secteurs où alternent céréales, jachères et bandes enherbées. Sa présence constitue un excellent bio-indicateur de la qualité agroécologique d’un territoire. Plus difficile à observer mais tout aussi caractéristique, le pipit farlouse (Anthus pratensis) fréquente les prairies relictuelles et les jachères humides en hiver, formant parfois des petits groupes mixtes avec les alouettes.

Le vanneau huppé (Vanellus vanellus), avec sa silhouette inimitable, son vol nonchalant et son cri plaintif, reste l’un des oiseaux les plus spectaculaires des plaines briardes. Présent toute l’année, il se reproduit en petites colonies lâches dans les labours de printemps et les chaumes humides. Les rassemblements hivernaux peuvent atteindre plusieurs centaines d’individus, parfois mêlés à des pluviers dorés (Pluvialis apricaria) venus du nord de l’Europe. Ces bandes constituent un spectacle marquant pour qui parcourt les chemins ruraux entre novembre et février, à condition de se déplacer en silence et de stationner discrètement aux abords des grandes parcelles.

À ces espèces s’ajoutent quelques visiteurs occasionnels mais réguliers : la caille des blés (Coturnix coturnix), oiseau invisible dont seul le chant cristallin trahit la présence en juin et juillet, ou encore l’œdicnème criard (Burhinus oedicnemus), nicheur rare et localisé dont quelques couples subsistent dans les secteurs les plus chauds et caillouteux de la Brie. Repérer un œdicnème en plaine briarde demande patience et chance, généralement à la tombée du jour, lorsque ses cris flûtés résonnent au-dessus des chaumes. Les itinéraires de randonnées autour de Courquetaine traversent plusieurs de ces secteurs où l’observation matinale donne les meilleures chances de contact.

Les rapaces de la plaine briarde

Les grands espaces ouverts constituent un terrain de chasse idéal pour plusieurs espèces de rapaces qui ont colonisé ou maintenu leur présence en Brie malgré les profondes transformations du paysage. Le busard cendré (Circus pygargus) est sans doute le joyau ornithologique de la plaine briarde. Migrateur transsaharien, il revient d’Afrique fin avril et niche directement dans les céréales d’hiver, ce qui rend ses pontes particulièrement vulnérables aux moissons. Sa silhouette élancée, ses ailes longues et étroites maintenues en V plat lors du vol de prospection, et le contraste entre le mâle gris-perle aux ailes terminées de noir et la femelle brune le rendent identifiable même par les débutants attentifs.

Perdrix grise dans un champ de chaume en Brie

Le busard Saint-Martin (Circus cyaneus), plus robuste et présent toute l’année, partage les mêmes terrains de chasse. Il niche également au sol mais privilégie davantage les friches, les jachères et les bordures de bois. En hiver, des oiseaux du nord viennent renforcer les populations locales, et il n’est pas rare d’observer plusieurs individus chassant simultanément un même secteur. Le contraste hivernal entre le mâle gris et la femelle brune au croupion blanc en fait l’un des rapaces les plus photogéniques de nos plaines.

Le faucon crécerelle (Falco tinnunculus) reste le rapace le plus commun et le plus facilement observable. Son vol stationnaire caractéristique, durant lequel il « fait le saint-esprit » au-dessus des bordures de routes et des talus, le rend familier de tous les automobilistes briards. Il chasse principalement les campagnols et les petits passereaux. Sa cohabitation avec les activités humaines lui a permis de coloniser jusqu’aux clochers et aux pylônes, où il niche volontiers dans des cavités abandonnées par d’autres oiseaux.

La buse variable (Buteo buteo) complète ce cortège de rapaces diurnes. Espèce généraliste, elle occupe les lisières boisées et chasse aussi bien sur les chemins ruraux que dans les prairies. Souvent posée sur un piquet ou un arbre isolé, elle scrute le sol à la recherche de campagnols, mais ne dédaigne pas les charognes. Ses effectifs ont fortement augmenté depuis les années 1980, témoignant d’une certaine résilience écologique. Enfin, l’épervier d’Europe (Accipiter nisus), plus discret, traverse parfois les plaines à toute vitesse en rase-mottes pour surprendre les passereaux. Les hiboux des marais (Asio flammeus) et les chouettes effraies (Tyto alba) animent quant à eux la plaine au crépuscule, complétant un peuplement de rapaces remarquablement diversifié pour un territoire si fortement anthropisé.

Les gibiers à plumes et à poils

La plaine briarde reste un territoire historique de chasse, et plusieurs espèces dites « gibiers » y maintiennent des populations significatives, parfois renforcées par des lâchers cynégétiques. La perdrix grise (Perdix perdix) est l’oiseau emblématique de ces milieux. Trapue, terrestre, vivant en compagnies familiales appelées « bichettes » de l’été à l’hiver, elle a vu ses effectifs décliner dramatiquement depuis trente ans en raison de la disparition des bordures herbeuses, de l’usage de produits phytosanitaires et de la prédation accrue. Les populations briardes, bien que réduites, restent localement viables, particulièrement dans les exploitations engagées dans des mesures agroenvironnementales.

Le faisan de Colchide (Phasianus colchicus), introduit pour la chasse depuis des siècles, s’observe régulièrement en lisière des bois et le long des chemins. Le coq, spectaculaire avec sa queue ornée et son collier blanc, contraste avec la femelle au plumage cryptique. Les chants tonitruants du faisan en période de reproduction (mars à mai) sont parmi les plus reconnaissables de la campagne briarde. Bien que ses populations soient largement soutenues par les lâchers, l’espèce s’est naturalisée et de nombreux couples se reproduisent dans la nature sans intervention humaine.

Côté mammifères, le lièvre d’Europe (Lepus europaeus) reste l’un des plus beaux ambassadeurs de la faune briarde. Solitaire, nocturne et crépusculaire, il se laisse parfois observer à l’aube ou au coucher du soleil, particulièrement au printemps lors des fameux « bouquinages » — ces poursuites bondissantes entre mâles rivaux et femelles. Ses populations connaissent des fluctuations cycliques liées aux maladies (tularémie, EBHS) et aux conditions climatiques printanières. La Brie reste l’une des terres françaises les plus favorables au lièvre, avec des densités encore parmi les meilleures du nord du pays.

Le lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus) occupe quant à lui des terriers collectifs creusés dans les talus, les anciennes carrières et les remblais ferroviaires. Décimé par la myxomatose dans les années 1950 puis par la maladie hémorragique virale, il n’a jamais retrouvé ses effectifs d’autrefois mais subsiste par taches dans la plaine briarde. Sa présence reste essentielle dans la chaîne trophique : il constitue une proie majeure pour de nombreux prédateurs, du renard roux au busard Saint-Martin en passant par les rapaces nocturnes. Pour aller observer ces espèces sur le terrain, plusieurs itinéraires de randonnées autour de Courquetaine traversent des secteurs particulièrement favorables, notamment aux abords des bois de Crisenoy et des plateaux du nord de la commune.

La vie des haies et bordures

Les haies briardes, longtemps malmenées par les remembrements agricoles des décennies 1960-1980, font aujourd’hui l’objet d’un regain d’attention. Lorsqu’elles subsistent, ces structures linéaires concentrent une biodiversité disproportionnée par rapport à leur surface. Elles abritent une avifaune dense et variée : mésange charbonnière (Parus major), mésange bleue (Cyanistes caeruleus), fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla), pouillot véloce (Phylloscopus collybita), troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes), accenteur mouchet (Prunella modularis). Le rougegorge familier (Erithacus rubecula) y défend toute l’année son territoire, tandis que le merle noir (Turdus merula) et la grive musicienne (Turdus philomelos) s’y reproduisent abondamment.

Les haies constituent également des corridors écologiques essentiels qui permettent aux mammifères de circuler entre les bosquets et les lisières forestières. Le mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus), le campagnol roussâtre (Myodes glareolus) et le campagnol des champs (Microtus arvalis) y prolifèrent, attirant à leur tour leurs prédateurs spécialisés. La belette (Mustela nivalis) et l’hermine (Mustela erminea) chassent dans les talus enherbés et le long des fossés, mais leur petite taille et leur discrétion les rendent rarement observables. L’hermine, qui revêt en hiver son pelage entièrement blanc à l’exception du bout de la queue noir, constitue une rencontre toujours mémorable pour le naturaliste patient.

Le renard roux (Vulpes vulpes), opportuniste et adaptable, occupe l’ensemble du territoire briard. Il chasse les rongeurs dans les chaumes, fréquente les lisières et n’hésite pas à s’approcher des fermes et des villages. Ses aboiements caractéristiques résonnent en hiver lors de la période de rut, entre décembre et février. Plus discret encore, le blaireau européen (Meles meles) maintient des terriers collectifs dans les talus boisés et les anciennes sablières, dont il sort à la tombée du jour pour ses tournées nocturnes. La présence d’une bauge active témoigne souvent d’une tradition d’occupation multidécennale par les générations successives de blaireaux.

Les insectes ne sont pas en reste dans ces milieux de transition. Bourdons, abeilles solitaires, syrphes et papillons des friches y trouvent un refuge précieux face à l’uniformité des grandes cultures. Les bandes fleuries semées par certains exploitants engagés dans les mesures agroenvironnementales européennes attirent des cortèges entomologiques remarquables, qui font à leur tour vivre les hirondelles rustiques (Hirundo rustica) et les martinets noirs (Apus apus) survolant la plaine en été. Le patrimoine briard inclut désormais cette trame verte vernaculaire — haies, talus, vieux arbres isolés — dont la valeur écologique et paysagère est enfin reconnue par les politiques publiques locales.

Les mares briards et leur faune amphibienne

Les mares de plateau constituent l’un des éléments les plus précieux et les plus menacés du patrimoine naturel briard. Vestiges d’un usage agricole ancien — abreuvement du bétail, réserves d’incendie, abreuvoirs de chasse — elles ont perdu leur fonction utilitaire et beaucoup ont été comblées au cours des cinquante dernières années. Les mares résiduelles, lorsqu’elles n’ont pas été détruites, hébergent une biodiversité remarquable et parfois rarissime à l’échelle francilienne.

Le triton crêté (Triturus cristatus) est l’espèce phare de ces milieux. Protégé au niveau européen, inscrit à plusieurs annexes de la directive Habitats-Faune-Flore, il occupe les mares profondes et permanentes bordées de végétation aquatique dense. Sa présence justifie souvent à elle seule un classement en zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique. Les mâles, en période nuptiale, arborent une crête dorsale spectaculaire qui leur donne une allure quasi préhistorique. Aux côtés du triton crêté, le triton palmé (Lissotriton helveticus) et le triton ponctué (Lissotriton vulgaris) fréquentent des mares plus modestes et souvent temporaires.

Côté anoures, la grenouille verte (Pelophylax kl. esculentus) anime les mares dès le printemps de ses chants tonitruants. La grenouille rousse (Rana temporaria) et le crapaud commun (Bufo bufo) y déposent leurs pontes dès la fin de l’hiver, parfois en migrations spectaculaires qui peuvent justifier des dispositifs de protection lors des traversées de routes. Le rare crapaud calamite (Epidalea calamita) subsiste localement dans les milieux pionniers : carrières en exploitation, chantiers, friches industrielles. Son chant strident, audible à plusieurs centaines de mètres lors des nuits printanières, trahit sa présence à qui sait l’identifier.

Les libellules constituent l’autre joyau des mares briardes. L’agrion élégant (Ischnura elegans), la libellule déprimée (Libellula depressa), l’anax empereur (Anax imperator) ou encore le sympétrum sanguin (Sympetrum sanguineum) y bouclent leurs cycles de développement complexes. Les meilleures mares, riches en végétation submergée et en hélophytes, peuvent abriter plus de vingt espèces d’odonates au cours d’une saison. Pour qui s’intéresse à la conservation du patrimoine naturel des territoires ruraux français, les mares de plateau offrent un cas d’école : milieux humides modestes en surface, ils concentrent une biodiversité disproportionnée et incarnent les enjeux contemporains de préservation des espaces interstitiels.

Saisons et meilleurs moments pour observer

Chaque saison briarde révèle ses propres facettes naturalistes, et le naturaliste avisé adapte ses sorties au calendrier biologique du territoire. Le printemps (mars à juin) reste sans conteste la période la plus riche. Dès le mois de mars, les premiers chants printaniers retentissent : grives musiciennes, troglodytes, accenteurs mouchets. En avril, les migrateurs reviennent en cohortes : fauvettes, pouillots, hirondelles, busards cendrés. Mai et juin concentrent l’activité reproductrice, les parades nuptiales et les premiers envols. Les meilleures heures sont celles qui suivent immédiatement le lever du soleil, lorsque l’activité vocale culmine et que la lumière rasante facilite l’observation.

L’été (juillet-août) marque un ralentissement apparent. Les chants s’estompent, les oiseaux sont occupés à élever leurs nichées. C’est néanmoins la période idéale pour observer les rapaces en chasse au-dessus des chaumes fraîchement moissonnés, qui découvrent les campagnols et facilitent leur capture. Les jeunes busards effectuent leurs premiers vols, souvent maladroits, et restent visibles en famille. Les soirées chaudes sont propices à l’écoute des grillons, des cigales rares de Brie et des amphibiens chanteurs.

L’automne (septembre à novembre) déchaîne le grand spectacle migratoire. Vanneaux huppés, pluviers dorés, grues cendrées (Grus grus) traversent la Brie en formations parfois impressionnantes, généralement orientées sud-ouest. Les passages de grues, en octobre et novembre principalement, peuvent rassembler plusieurs milliers d’oiseaux audibles à des kilomètres. Les rassemblements automnaux de fringilles (pinsons, verdiers, chardonnerets) dans les chaumes constituent un autre temps fort de cette saison souvent sous-estimée par les promeneurs.

Lièvre d'Europe au repos dans une jachère briarde

L’hiver (décembre à février) offre des observations plus rares mais d’une grande qualité. Les rapaces hivernants se concentrent là où les ressources alimentaires subsistent : busards Saint-Martin et hiboux des marais en chasse au-dessus des friches, buses variables postées sur les piquets. Les rassemblements de pinsons des arbres et pinsons du nord (Fringilla montifringilla) peuvent atteindre plusieurs centaines d’individus dans les chaumes de maïs. Par grand froid, l’arrivée éventuelle d’hivernants rares — pies-grièches grises, faucons émerillons — récompense les naturalistes assidus. Les communes situées dans la Brie en Seine-et-Marne offrent toutes des secteurs d’observation hivernale intéressants, particulièrement aux abords des cours d’eau et des plans d’eau qui concentrent les anatidés migrateurs.

Conseils pratiques et éthique de l’observation

L’ornithologie et l’observation naturaliste obéissent à quelques principes éthiques fondamentaux qu’il convient de rappeler. La règle première est celle de la discrétion absolue. Vos déplacements doivent être lents, vos vêtements neutres, votre voix réduite à un murmure. Le silence reste l’allié principal du naturaliste : il permet à la fois d’entendre la faune et de ne pas la déranger. Évitez les téléphones portables sonores, les conversations animées et tout équipement bruyant.

Le respect des distances de fuite est essentiel. Si un oiseau s’envole à votre approche, c’est que vous êtes trop près. En période de reproduction, particulièrement entre avril et juillet, l’approche des nids est strictement déconseillée : même un dérangement répété peut entraîner l’abandon de la couvée. Les rapaces et les espèces protégées font l’objet d’une réglementation spécifique qui interdit toute perturbation intentionnelle, même sans intention de nuire. Cela vaut également pour la photographie : les longues focales permettent aujourd’hui d’obtenir des clichés remarquables sans s’approcher à moins de cinquante mètres des sujets.

Côté matériel, l’équipement minimal du naturaliste comprend : des jumelles 8x42 ou 10x42 de qualité décente, un guide d’identification illustré, un carnet de notes et de quoi écrire, des chaussures imperméables et étanches, des vêtements adaptés en couches (la plaine briarde est ventée et humide). Pour les pratiquants plus avancés, une longue-vue 20-60x80 permet l’observation des limicoles et des rapaces posés à grande distance. Un appareil photo avec téléobjectif (300 mm minimum) ouvre la voie à la photographie naturaliste. Les applications mobiles d’identification sonore (Merlin Bird ID, BirdNET) constituent désormais d’excellents outils complémentaires pour les débutants.

L’inscription aux comptages collectifs (enquêtes STOC, comptages Wetlands, suivi LPO) permet de contribuer activement à la connaissance scientifique tout en perfectionnant ses propres compétences. La LPO Île-de-France et le Centre ornithologique régional organisent régulièrement des sorties guidées dans la Brie, encadrées par des ornithologues confirmés. Ces sorties constituent un excellent moyen de progresser rapidement et de rencontrer d’autres passionnés. De nombreux villages de Seine-et-Marne hébergent des associations locales de protection de la nature qui organisent observations, chantiers de restauration et inventaires participatifs accessibles à tous.

Enfin, ne négligez pas l’importance du carnet de terrain. Noter scrupuleusement vos observations — date, heure, lieu, espèce, nombre d’individus, comportements observés — construit avec le temps une mémoire personnelle précieuse et contribue, lorsque les données sont saisies sur des plateformes comme Faune-Île-de-France ou Visionature, à la connaissance collective de la faune régionale. Chaque observation compte, même celle d’une espèce commune, car l’évolution des populations communes constitue l’un des marqueurs les plus fiables de la santé écologique d’un territoire.

Conserver la biodiversité briarde : un enjeu collectif

La faune des plaines briardes témoigne d’une résilience remarquable face aux profondes mutations agricoles du dernier demi-siècle. Pourtant, la plupart des espèces emblématiques — alouette des champs, perdrix grise, busard cendré, vanneau huppé — connaissent des déclins préoccupants qui appellent une mobilisation collective. Les mesures agroenvironnementales européennes, les contrats Natura 2000, les plans nationaux d’action en faveur d’espèces menacées et l’engagement croissant d’exploitants briards dans des pratiques agroécologiques constituent autant de leviers de redressement. La protection des mares résiduelles, la restauration de haies, le maintien de bandes enherbées, l’adaptation des calendriers de moisson pour épargner les couvées de busards : ces mesures concrètes commencent à porter leurs fruits sur des territoires pilotes.

Chaque habitant de la Brie peut contribuer, à son échelle, à la préservation de ce patrimoine vivant. Participer aux comptages, signaler ses observations aux associations naturalistes, soutenir les exploitants engagés dans une agriculture vertueuse, défendre lors des conseils municipaux la préservation des mares et des chemins ruraux : autant de gestes simples qui, additionnés, dessinent un avenir possible pour la faune des plaines céréalières. Cet engagement local trouve des échos dans toute la France rurale, comme le rappellent les travaux des associations patrimoniales du souvenir militaire et de la mémoire rurale qui montrent à quel point la transmission s’enracine dans une attention quotidienne au territoire. Courquetaine et les communes voisines disposent d’un capital naturel encore important, qu’il appartient aux générations actuelles de transmettre intact, et si possible enrichi, à celles qui suivront. La connaissance naturaliste, en cela, n’est pas un luxe contemplatif : elle est la première condition de toute politique de conservation efficace.