Bertrand Lemoine

Historien-archiviste retraité — Ancien conservateur des Archives départementales de Seine-et-Marne (Dammarie-les-Lys, 1985-2018), École nationale des chartes promotion 1982

Bertrand Lemoine a passé trente-trois ans à classer, inventorier et faire vivre les fonds des Archives départementales de Seine-et-Marne. Depuis sa retraite à Verneuil-l’Étang en 2018, il anime un cycle de conférences itinérantes consacrées à l’histoire des villages briards. Nous l’avons rencontré chez lui, dans une maison tapissée de cartons d’archives personnelles et de cartes anciennes. L’entretien, prévu pour une heure, en a duré trois. Voici ce qu’il faut retenir pour quiconque souhaite reconstituer sérieusement l’histoire d’un village comme Courquetaine.

Parcours et premiers pas dans la recherche locale

Bertrand Lemoine, comment êtes-vous devenu archiviste-paléographe ?

Par hasard, comme presque tous mes confrères de ma génération. J’avais commencé une licence de lettres classiques à Paris IV, et je découvrais à la Sorbonne un cours d’histoire médiévale qui m’a captivé. Le professeur citait à tout bout de champ des chartes du XIIe siècle, des cartulaires monastiques, des inventaires de bibliothèques. Cette matière vivante, palpable, écrite à la main par des hommes morts depuis huit siècles, m’a immédiatement attiré. J’ai présenté le concours de l’École nationale des chartes en 1978, je l’ai obtenu en deuxième tentative, et j’ai été reçu dans la promotion 1982.

L’École des chartes forme à un métier très particulier : on y apprend à lire l’écriture ancienne — c’est la paléographie —, à dater les documents — la diplomatique —, à reconstituer les institutions disparues — l’archivistique historique. Trois années d’enseignement extrêmement exigeant, sanctionnées par une thèse d’établissement. La mienne portait sur la sociabilité villageoise en Brie centrale aux XVIIIe et XIXe siècles, à partir des archives des confréries, des fabriques paroissiales et des sociétés de secours mutuels. C’est ce travail qui m’a fait connaître la Brie, et qui m’a valu d’être nommé en 1985 aux Archives départementales de Seine-et-Marne, où je suis resté jusqu’à ma retraite.

Pour un habitant qui veut reconstituer l’histoire de son village, par où commencer ?

Par la note de site, comme nous disions au métier. Avant de plonger dans les archives, il faut connaître ce qui a déjà été écrit. La première démarche, c’est de chercher si une monographie communale existe. Beaucoup de villages de Seine-et-Marne ont été décrits au XIXe siècle par des notables locaux, instituteurs, curés ou hommes de lettres, qui ont rédigé des notices historiques publiées dans les bulletins de sociétés savantes. La Société d’archéologie, sciences, lettres et arts de Seine-et-Marne, fondée à Meaux au milieu du XIXe siècle, a publié des dizaines de monographies de ce type. Pour Courquetaine, je sais qu’il existe quelques pages dans les annuaires de l’arrondissement de Melun du Second Empire.

Ensuite, il faut consulter l’incontournable Léon Coquerel, dont l’Histoire de la Brie, publiée à la fin du XIXe siècle, reste une référence malgré ses partis pris romantiques. Coquerel n’était pas un historien professionnel, mais il a parcouru les villages, recueilli les traditions orales, photographié les édifices avant les démolitions de la Belle Époque. Son travail est précieux, à condition de toujours le confronter aux sources primaires. Ne jamais citer Coquerel sans vérifier dans les archives ce qu’il affirme : il s’est trompé sur bien des dates et a parfois inventé des étymologies fantaisistes.

Une fois cette bibliographie défrichée, on peut commencer à fréquenter les Archives départementales. Mais pas avant. Sans cette préparation, on se noie dans les fonds.

Les registres paroissiaux — qu’est-ce qu’on y trouve concrètement ?

C’est la source primordiale pour l’histoire d’un village d’Ancien Régime. Depuis l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, les curés sont tenus de consigner les baptêmes ; l’obligation est étendue aux mariages et aux sépultures par les ordonnances royales successives, notamment celle de Blois en 1579 et celle de Saint-Germain-en-Laye en 1667 qui impose la tenue en double exemplaire. Concrètement, dans les paroisses bien tenues, on dispose d’une série continue à partir du milieu du XVIIe siècle, parfois plus haut.

Que trouve-t-on dans ces registres ? Pour chaque baptême : la date, le prénom de l’enfant, les noms des parents, des parrain et marraine, parfois la profession du père. Pour chaque mariage : les noms et âges des époux, l’identité des parents, les témoins, le consentement éventuel des parents si l’un des époux est mineur. Pour chaque sépulture : la date du décès, l’âge approximatif, la profession du défunt, parfois la cause du décès. C’est une mine d’informations sociales, démographiques, économiques, religieuses.

À partir de 1792, l’état civil laïque remplace les registres paroissiaux. La structure des actes change peu, mais la rigueur s’accroît : les âges sont désormais précis, les domiciles indiqués, les filiations vérifiées. Les Archives départementales conservent les registres paroissiaux et d’état civil de toutes les communes du département. Pour Courquetaine, je pense que la série est consultable depuis 1668 ou 1670, ce qui est assez classique pour la Brie ; ces registres constituent une porte d’entrée précieuse vers l’histoire de Courquetaine telle que les générations successives l’ont vécue.

Registre paroissial du XVIIIe siècle ouvert sur une page de baptêmes

Sources médiévales et fonds modernes complémentaires

Avant 1539 et l’ordonnance de Villers-Cotterêts, comment fait-on ?

C’est beaucoup plus difficile, et il faut accepter que la documentation soit lacunaire. Pour la période médiévale, on travaille avec trois types de sources principales : les chartes seigneuriales, les cartulaires monastiques et les comptes de bailliage.

Les chartes seigneuriales, conservées en série E aux Archives départementales (série dite « féodalité, communes, bourgeoisie, familles »), documentent les rapports entre les seigneurs et leurs tenanciers : actes de foi et hommage, aveux et dénombrements, baux à cens, partages successoraux. Pour un village comme Courquetaine, qui dépendait probablement d’une seigneurie locale, ces actes permettent de reconstituer la mosaïque des fiefs et arrière-fiefs.

Les cartulaires monastiques sont des recueils de chartes conservés par les abbayes pour défendre leurs droits. La Brie était maillée d’abbayes puissantes : Saint-Maur-des-Fossés, Jouarre, Faremoutiers, Notre-Dame-de-Jouy. Beaucoup de villages briards apparaissent dans ces cartulaires comme objets de donations, d’échanges ou de procès. C’est souvent là qu’on trouve la première mention écrite d’un toponyme — la fameuse « première occurrence » que tout historien local recherche avidement.

Enfin, les comptes de bailliage de Provins et de Meaux, conservés en partie aux Archives nationales et en partie aux AD 77, livrent des informations fiscales et judiciaires précieuses. C’est dans ces fonds que j’ai pu reconstituer, pour ma thèse, la géographie des moulins de la Brie centrale au XIVe siècle. Pour un cas concret de cette démarche appliquée à un village, je renvoie aux travaux sur les seigneurs de Courquetaine au Moyen Âge, qui illustrent bien ce que les sources médiévales permettent de reconstituer.

Les minutes notariales — un océan sous-exploité ?

C’est mon obsession, depuis quarante ans. Les minutes notariales, conservées en série 4E aux Archives départementales 77, représentent le fonds le plus volumineux et probablement le moins exploité de tout dépôt d’archives français. On parle, pour la Seine-et-Marne, de plusieurs centaines de mètres linéaires d’actes notariés couvrant la période 1500-1900.

Que contiennent ces minutes ? Tout. Absolument tout. Les contrats de mariage avec inventaires de biens, les testaments, les inventaires après décès — souvent extrêmement détaillés, pièce par pièce, du mobilier de la cuisine aux outils de la grange —, les baux à ferme, les ventes de terres, les partages, les obligations, les quittances, les contrats d’apprentissage. C’est l’histoire économique et sociale du village qui se déploie acte après acte.

Le problème, c’est l’accès. Les minutes sont classées par étude notariale, donc par ville où exerçait le notaire. Pour Courquetaine, qui n’avait pas de notaire résident, il faut chercher dans les études de Brie-Comte-Robert, de Tournan-en-Brie ou de Melun selon les périodes. Et il n’existe pas d’index nominatif systématique : il faut littéralement dépouiller les répertoires de chaque notaire année par année, ou utiliser le contrôle des actes, conservé en sous-série 2C, qui répertorie les actes soumis à l’enregistrement fiscal.

C’est un travail de moine, je ne le cache pas. Mais le retour est incomparable : un seul inventaire après décès bien tenu en dit plus sur la vie matérielle d’une famille paysanne que dix ouvrages d’histoire générale.

Le cadastre napoléonien — quel intérêt pour l’historien local ?

Le cadastre napoléonien est un trésor absolu, et trop peu de chercheurs amateurs en mesurent la richesse. Il a été levé en Seine-et-Marne, comme dans tous les départements français, à la suite de la loi du 15 septembre 1807. Pour la Brie, les opérations s’étalent grosso modo de 1820 à 1840, parfois plus tard pour les communes les plus tardives. Les documents sont conservés en série 3P aux Archives départementales.

Chaque commune dispose d’un dossier complet : un tableau d’assemblage qui montre l’ensemble du territoire communal divisé en sections, et autant de plans de section qu’il y en a — souvent trois à cinq pour un village briard moyen. Sur chaque plan, chaque parcelle est numérotée. À côté des plans, on trouve les états de sections, qui listent toutes les parcelles avec le nom du propriétaire en 1820-1830, la nature de la culture, la contenance et le revenu cadastral. Et enfin les matrices, qui suivent l’évolution de la propriété parcelle par parcelle jusqu’au cadastre rénové des années 1930-1960.

Quel usage en faire ? On peut reconstituer la géographie sociale du village à un instant donné : qui possède quoi, quelle est la taille des exploitations, où sont les terres des notables, où sont les communaux. On peut suivre l’évolution du paysage : disparition d’une mare, ouverture d’une route, lotissement d’un grand domaine. On peut identifier précisément des bâtiments cités dans les actes anciens : « la maison du sieur Pinson, sise au lieudit La Vallée » devient localisable sur le plan cadastral, et donc sur le terrain actuel.

C’est aussi la source de référence pour comprendre les ruptures du XXe siècle : le remembrement des années 1950-1970 a profondément modifié le parcellaire briard, et le cadastre napoléonien est souvent le seul moyen de retrouver l’état antérieur du paysage agraire.

La série G — qu’est-ce qu’elle contient ?

La série G, dite « clergé séculier », regroupe les archives ecclésiastiques de l’Ancien Régime produites par les évêchés, les chapitres cathédraux, les collégiales et les paroisses. Pour la Seine-et-Marne, qui dépendait avant 1789 essentiellement du diocèse de Sens (pour la majeure partie de la Brie) et accessoirement du diocèse de Meaux, la série G conserve des documents capitaux pour l’histoire des paroisses.

On y trouve les comptes de fabrique — la fabrique est l’organisme paroissial qui gère le temporel de l’église —, qui détaillent année après année les recettes et les dépenses de chaque église : achats de cire, réparations du clocher, gages du sonneur, rétributions du sacristain. Ces comptes sont d’une richesse extraordinaire pour l’histoire matérielle et religieuse d’un village.

On y trouve aussi les visites pastorales : périodiquement, l’évêque ou son archidiacre tournée dans les paroisses du diocèse pour vérifier l’état du bâti religieux, la moralité du curé, la tenue des registres, l’instruction des enfants. Les procès-verbaux de ces visites sont des photographies précieuses de l’état de la paroisse à un moment donné.

Enfin, on y trouve les archives des cures elles-mêmes : inventaires des biens du presbytère, livres de raison des curés, sermons manuscrits, comptes personnels. Beaucoup ont disparu pendant la Révolution, mais ce qui subsiste est inestimable.

Travailler aux Archives départementales 77

Les Archives départementales 77 — quelle organisation, quel accès ?

Les Archives départementales de Seine-et-Marne sont installées depuis 1992 dans un bâtiment conçu spécifiquement pour cet usage, au 248 avenue Charles Prieur à Dammarie-les-Lys, en périphérie de Melun. Avant cette date, elles étaient logées dans des conditions précaires à la préfecture. Le bâtiment actuel offre environ 35 kilomètres linéaires de rayonnage, des magasins climatisés, des salles de tri, des ateliers de restauration et une grande salle de lecture confortable.

L’accès est gratuit et libre. Il suffit de se présenter avec une pièce d’identité, de remplir un formulaire d’inscription, et l’on reçoit immédiatement une carte de lecteur valable jusqu’au 31 décembre de l’année en cours. La salle est ouverte du lundi au vendredi, de 9 h à 17 h, avec quelques nocturnes et fermetures annuelles. Les demandes de documents se font sur place via un terminal informatique, et la communication est généralement immédiate pour les fonds courants.

Salle de lecture des Archives départementales de Seine-et-Marne à Dammarie-les-Lys

Pour les fonds rares ou fragiles, il faut parfois prendre rendez-vous quelques jours à l’avance. Le personnel scientifique — conservateurs, chargés d’études documentaires, bibliothécaires — est à la disposition des chercheurs pour les orienter, et c’est un service précieux : un bon archiviste connaît ses fonds par cœur et peut faire gagner des semaines de tâtonnement à un lecteur débutant.

Quels sont les pièges classiques pour les généalogistes amateurs ?

Le premier piège, c’est l’homonymie. Dans un village briard d’Ancien Régime, vous trouvez parfois six Jean Durand contemporains, qui se distinguent uniquement par leur surnom, leur âge ou leur lieu d’habitation. Confondre deux homonymes est l’erreur la plus fréquente, et elle invalide souvent toute une branche de généalogie reconstituée. La règle absolue : toujours croiser au moins trois actes pour confirmer une identité.

Le deuxième piège, c’est la confiance excessive dans les sites de généalogie collaborative. Beaucoup de ces sites ont accumulé des arbres entiers reposant sur des conjectures non vérifiées, recopiées de bonne foi d’utilisateur en utilisateur. Une généalogie sérieuse repose sur des sources primaires citées et accessibles : sans référence à un acte d’état civil ou notarial précis, une affirmation n’a aucune valeur scientifique.

Le troisième piège, c’est l’anachronisme. Les institutions, les unités de mesure, les vocabulaires changent au cours des siècles. Un « laboureur » du XVIIIe siècle n’est pas un journalier mais un exploitant aisé possédant un attelage. Un « arpent » de Brie n’a pas la même surface qu’un arpent de France. Le « setier » mesure tantôt du grain, tantôt du vin, avec des valeurs différentes. Sans une connaissance préalable de ces réalités, on déforme les sources qu’on lit.

Le quatrième piège, plus subtil, c’est la projection émotionnelle. Les généalogistes amateurs cherchent souvent à se trouver des ancêtres prestigieux, des héros, des victimes. La réalité statistique est qu’à dix générations en arrière, neuf cents personnes sur mille avaient des ancêtres paysans, journaliers, artisans modestes. Accepter cette vérité sociologique, c’est aborder son histoire familiale avec la sérénité qu’elle mérite.

Y a-t-il des fonds spécifiques à la Brie qu’on ignore souvent ?

Plusieurs, oui. Le premier, ce sont les archives des chambres consulaires et des sociétés agricoles du XIXe siècle. La Brie céréalière s’est dotée très tôt de comices agricoles, de sociétés d’encouragement à l’agriculture, de syndicats de battage et d’irrigation. Leurs archives, dispersées en série M et en sous-série 6M, sont une mine pour l’histoire économique rurale.

Le deuxième fonds sous-exploité, ce sont les archives des hospices et bureaux de bienfaisance. Chaque village significatif disposait d’un bureau de bienfaisance — l’ancêtre du CCAS — qui distribuait des secours aux indigents, gérait quelques fondations charitables, parfois un petit hospice. Les comptes et délibérations de ces bureaux, conservés en série Q, racontent la pauvreté villageoise comme aucune autre source.

Le troisième fonds, c’est l’enquête sur la mendicité de 1808, conservée en série M. Le préfet de Seine-et-Marne a ordonné un recensement nominatif des mendiants et vagabonds dans chaque commune. Le document existe pour Courquetaine, je l’ai consulté il y a une vingtaine d’années : il dresse un tableau saisissant de la misère post-révolutionnaire dans les campagnes briardes. C’est ce type de fonds qui éclaire la période de Courquetaine à la Révolution française et ses lendemains.

J’ajouterais les archives militaires des XIXe et XXe siècles, en série R. Les registres matricules permettent de retrouver, pour chaque conscrit né dans le département après 1867, son parcours militaire complet : affectations, blessures, citations, décès au combat. Pour la Première Guerre mondiale, c’est la source principale qui complète utilement les approches publiées sur la Grande Guerre dans les villages de Seine-et-Marne.

Cette dimension mémorielle des conflits a été magnifiquement étudiée dans d’autres territoires : je pense aux travaux récents sur l’histoire des territoires français au XIXe-XXe siècle développés autour de la citadelle de Belfort, qui montrent comment l’histoire militaire locale s’articule à la grande histoire nationale.

Conseils méthodologiques et ressources contemporaines

La numérisation, où en est-on en Seine-et-Marne ?

Très avancée pour les fonds prioritaires, encore embryonnaire pour le reste. L’état civil et les registres paroissiaux sont entièrement numérisés jusqu’aux limites légales de communicabilité, soit environ jusque dans les années 1920. Ces images sont consultables en ligne, gratuitement, sans inscription préalable, depuis le portail des AD 77. Le cadastre napoléonien complet est également en ligne : plans de section, états de sections, matrices. C’est un service révolutionnaire pour le chercheur, qui peut désormais préparer ses séances de lecture depuis chez lui.

Les recensements de population, depuis le premier de 1836 jusqu’à celui de 1936, sont numérisés et indexés par commune. C’est une ressource formidable pour suivre la composition d’un village ménage par ménage, individu par individu, tous les cinq ans.

En revanche, les minutes notariales restent très peu numérisées : la masse documentaire est telle — plusieurs millions d’actes — que le chantier prendrait des décennies. Les fonds judiciaires, les fonds administratifs préfectoraux, les archives communales déposées sont également très peu numérisés. Pour ces séries, il faut continuer à se déplacer.

Une comparaison avec d’autres départements est instructive. Certains, comme les Yvelines ou les Hauts-de-Seine, ont une politique de numérisation très ambitieuse. D’autres, comme la Corrèze, ont misé sur des partenariats avec des associations locales pour numériser des fonds spécifiques. Les travaux d’inventaire menés autour de l’histoire des villages de Corrèze et des études comparées entre territoires ruraux illustrent bien cette diversité des approches départementales et montrent ce que la coopération entre archivistes et historiens locaux peut produire.

Une dernière question : un livre, une ressource, à recommander ?

Trois ressources, plutôt qu’une.

D’abord, le guide du généalogiste publié par les Archives nationales, qui décrit méthodiquement toutes les sources accessibles pour la généalogie en France. C’est un manuel de référence, régulièrement réédité, qu’on consulte tout au long de sa vie de chercheur.

Ensuite, l’incontournable Léon Coquerel pour la Brie, dont j’ai déjà parlé, avec toutes les précautions de méthode que j’ai indiquées. C’est un livre à lire pour s’imprégner du sujet, pas pour citer.

Enfin, je recommanderais vivement aux chercheurs locaux de prendre contact avec les cercles généalogiques départementaux et avec les sociétés savantes locales. Le Cercle généalogique de Seine-et-Marne, la Société d’histoire et d’archéologie de la vallée d’Yerres, les amis du patrimoine de Brie-Comte-Robert : autant de réseaux de bénévoles passionnés qui partagent leurs trouvailles, organisent des conférences, mutualisent les transcriptions. La recherche historique locale n’est jamais aussi féconde que collective.

Et puis, pour Courquetaine en particulier, je conseille évidemment de commencer par l’histoire de Courquetaine telle qu’elle est présentée sur le site de la commune : c’est une porte d’entrée commode avant de plonger dans les fonds départementaux. Reconstituer l’histoire d’un village, c’est une œuvre de longue haleine, exigeante, parfois frustrante, mais infiniment gratifiante quand on parvient à faire surgir, au détour d’un acte notarié ou d’une mention paroissiale, le visage d’un ancêtre ou la silhouette d’un paysage disparu.

Trois ans, cinq ans, parfois dix ans de patient travail : c’est le temps qu’il faut pour bien connaître un village. Mais à l’arrivée, on possède quelque chose qui n’a pas de prix — la familiarité intime avec un lieu, tissée de visages, de noms, de chemins, de pierres. Aucune lecture, aucun cours, aucun documentaire ne peut produire ce sentiment-là.